Art's Not Dead

"Le corset, une expérience corporelle unique"

Qui n’a pas fait l’expérience de porter un corset ne peut comprendre l’émotion qu’il suscite, ce mélange d’attraction et de crainte, de fascination et d’effroi. Et pour celui qui le revêt, le passage du ruban dans chaque oeillet est une sensation qui grandit à la mesure de la pression qu’il lui fera ensuite subir. Il faut que vous imaginiez tout d’abord la manière très douce avec laquelle il épouse les formes de votre corps comme une seconde peau. Ensuite, ce sentiment d’étreinte de plus en plus vive et précise, mais empreinte d’une sensualité mystérieuse. Puis cette impression que votre buste ne vous appartient plus mais lui appartient, et que désormais lui seul vous guide et vous dirige à travers busc et baleines. Et même si déplié, ouvert et lâche, il ne vous est apparu que comme un oripeau sans forme ni tenue ; lacé, il relève et se révèle, magnifie et sublime votre corps comme votre être qui le porte. Et le nœud final serré et noué, paradoxalement, il vous rend libre !

L’effet est d’autant démultiplié qu’il demeure invisible aux yeux de celui qui l’éprouve. Car, s’il peut parfois être lacé sur les côtés ou sur le devant, le corset est le plus souvent lacé dans le dos par un autre que soi : l’époux scrupuleux et jaloux qui va poser des pièges pour vérifier que quelqu’un d’autre ne l’a pas défait, une camériste attentive qui agira tout en délicatesse, une confidente qui partagera avec vous tout ses secrets. Il ne peut donc se le représenter que mentalement, selon son imaginaire, ou de mémoire. Pourtant le corps, lui, réagit immédiatement au corset dès que le serrage devient effectif : symbiose, osmose, ou a l’inverse, combat entre forces opposées.

La quête de la beauté aurait-elle des raisons que la raison ignore ?

Une chose est sûre : la question divise, alors même que le confort, la légèreté et le bien-être de la lingerie contemporaine se sont imposées en parfaite opposition avec la contrainte, la rigidité et l’austérité de l’emprisonnement des corps d’antan. Pourtant nul ne peut apporter de réponses définitives, tant les générations d’encorsetés se succèdent encore, alors même que depuis des siècles, nombreux sont ceux qui réclament la disparition de cet objet de correction presque inhumain et de torture du corps comme de l’esprit !

L’objet du désir serait donc ailleurs, et peut être dans cette réappropriation du corps, de sa nature et de ses sensations que permet d ’éprouver le vêtir d’un corset. Le porter au fil du jour, c’est en quelque sorte ressentir en permanence sont corps à « soi », et non plus un corps hérité ou subi. Le corps corseté est presque ainsi un corps identitaire, un corps reconquis dont la beauté invisible aux yeux d’autrui sera d’autant plus étrange et mystérieuse pour l’extérieur, les autres que pour soi.

Croit-on encore que l’on ne s’habille que pour séduire ? En réalité, on le fait pour se rassurer et se donner confiance en soi. Porter un corset aujourd’hui représente moins le fait de se couler dans un moule vestimentaire, autant social que culture, que celui de se montrer au monde selon un physique, une allure, un maintient que l’on s’est soi-même choisi, que l’on a soi-même décidé. Et cela d’autant plus que, sur-mesure, le corset sera fait pour soi, et en grande partie sur soi, à l’instar de la robe haute couture ou du costume trois-pièce ! Aussi n’est-il pas étonnant que des mondes aussi différents que celui des affaires et celui de la nuit se revendiquent du corset. Signe de maîtrise intérieure, pour les femmes actives que pour les hommes d’affaires - même si ces derniers disent moins qu’ils sont passés du gilet de costume au corset glissé sou leur chemise -, porter un corset contribue à une autorité physique, à une droiture morale comme à une élégance presque naturelle. Sa présence est donc discrète et invisible. Symbole de différenciation et de communautarisme, chez les fétichistes les plus décalés le porter devient l’expression visible et assumée d’un corps enfin déconditionné pour mieux le reconquérir et se le réapproprier. Il osera toutes les audaces de coupes, de formes ou de volumes et utilisera le cuir vieillit ou le latex brillant. Face à des stratégies cosmétiques qui cherchent à éternaliser un corps standardisé en vendant du rêve, le corset redonne ainsi du corps au corps, de l’authentique au physique, paraître à l’être, de la chair à l’esprit. Et, paradoxalement, redonne du sens et de l’existence aux uns comme aux autres.

Extrait de ma nouvelle bible “Corset” par Hubert Barrère et Charles-Arthur Boyer

PS: La marque Elegant Imposition est en réalité la mienne. / the brand Elegant Impostion is mine infact.
Also, I’m sorry that I do not have this text translated to English, but I don’t think this book was published anywere else than in France…